TOUR D’ESPAGNE : 1. DE LA BELGIQUE À L’ESPAGNE


TOUR D’ESPAGNE


« Ceci est mon héroïne »

  L‘été va, vient, se perd puis se voit de loin. Et, tandis qu’il se montre enfin, c’est parfois trop et d’autres fois pas assez. Dans le nord de la France, ou bien en Belgique, la météo est une loterie à laquelle nous perdons bien neuf mois sur douze. Cela et bien d’autres évènements m’incitent constamment à déguerpir, pour une destination ou une autre. Je suis comme ça, je n’y suis pour rien : j’aime le Mouvement ; la chaleur du soleil sur ma joue ; le vent qui entre et s’échappe de mes vêtements dans une caresse affective, tandis que je roule, bras nus ; ou encore, la promesse de beauté qu’offre un ciel azur tandis que j’écarte les rideaux, éveillé par une lumière déjà perçante. Ceci est mon héroïne. Mais ici ? Trop peu. Faire un trip en bécane revient à jouer tout son flouze au poker. Soit, une ouverture se fait, et ainsi, deux jours plus tard, je décolle pour ce qui sera selon moi un tour d’Espagne d’environ huit-mille kilomètres, étalés sur approximativement dix-huit jours. Mais vous savez ce qu’ont dit des chiffres, non ? Peu importe, je m’en vais chercher le soleil, et bon Dieu que je l’aurai ! Même bien plus qu’il n’en faut, pour être honnête.

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Roadbook

JOUR 1 : FONTAINEBLEAU & SES ENVIRONS


  Il y a deux choses que je déteste dans ce genre de voyage. Premièrement : se battre pour dormir, encore et toujours, ou presque. Deuxièmement : l’horreur soporifique de l’Aller et du Retour. Car, n’ayant pas des moyens économiques hors-normes, je ne peux me payer l’ultime luxe d’une chambre d’hôtel chaque nuit. Ensuite, pour ce qui est des « aller et retour », c’est une question de temps. Il s’agit là du prix à payer si je veux en voir autant, et foutrement oui que je le veux.

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  Ainsi, adieu angulaires cités grises, royales assassines de l’Inspiration. Adieu à vous, autels où s’entassent les uns en sacrifice au nom des autres ; adieu, urbanisme et criminels horizons. Certes, je vais devoir encore vous regarder de loin pendant bien neuf-cents kilomètres, mais peu importe, je m’éteins. Je me concentre pour ne devenir qu’un groupe de particules aussi bêtes que déferlantes, plus rapidement encore que le vent, sans pensées ou presque, et ce vers un objectif simple. Vous trouvez ça gros ? Irréel ? Fantasque ? Et que font des millions de Français chaque jour devant leur télévision, selon vous ? Ils s’éteignent, tous comme je le fais maintenant, mais à meilleur dessein, je le crois. Et puis je sais que dans tous les cas, si le quotidien m’altère, la route, elle, me purge. Et j’en ai odieusement besoin.


« …un branleur en marcel caché derrière des lunettes de soleil plus grandes que sa tête… »


   Dès l’Oise, je ne regarde plus en arrière, et le sentiment de voyage prend son élan à la vue et l’odeur de quelques résineux. J’aime ces arbres plus que tout autre, ils diffusent une odeur de vacance chaleureuse. Malheureusement, cette émotion naissante est balayée par les environs de Paris, dont l’air devient fétide tandis que de riches et faux riches bovins y fourmillent. Un peu plus loin, l’un d’eux — un branleur en marcel caché derrière des lunettes de soleil plus grandes que sa tête, et se trémoussant fièrement sur une Harley flambant neuve qui doit certainement parcourir cinq-cents kilomètres par an — me colle au cul à un feu rouge et joue de la poignée, comme le font les gamins sur leur scoot’. Je hais Paris. C’est généralement moche et ça pue.

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Château de Fontainebleau

  Cependant, j’ai un objectif dans la région : Fontainebleau. Mais, sur place, je me rends compte que la forêt qui l’entouraient a dû disparaitre il y a bien longtemps, tourisme oblige, et seul reste quelques chemins pédestres entourés de routes rapides et odorantes. Je m’arrête tout de même devant le château pour prendre une photo. Un groupe de motards parisiens essaiera d’estimer l’âge de ma bécane, sans un seul espoir d’y arriver. L’un d’eux me demande, en anglais, si je parle cette même langue. Je lui réponds en français et le surprends. Suis-je déjà si loin de chez moi ? Ils repartent en faisant hurler leurs moteurs froids entourés de plastique, tandis que l’un d’eux brutalise sa première.

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Gien, son château, son vieux pont

  Plus loin, je ne sais réprimer un « wow », tandis que je tournais la tête vers la droite, apercevant ainsi Gien, son château et son vieux pont. Je sortirai alors de route et ferai souffler deux promeneurs en empruntant « leur » chemin comme raccourci, histoire d’aller choper un cliché.


JOUR 1 : LES CAUSSES DU QUERCY


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  Les plateaux de calcaires du Quercy apparaissent d’un coup d’un seul. C’est ici que je me sentirai enfin en voyage. Le climat est très bon, la température est douce en roulant, puis chaude à l’arrêt.

  Et, alors que je commence à apprécier la route, c’est encore à ma droite qu’apparaît un château tout droit sorti d’un conte de princesse. Il s’agit du château de Belcastel. Une merveille. Je prendrai l’apéro à ses pieds.

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Château de Belcastel

  Ensuite vient le moment de trouver un coin tranquille où poser sa tente. Je cherche bien trente minutes sans trouver quoi que ce soit d’intéressant. Finalement, la nuque absolument pulvérisée, je m’engagerais dans un chemin de cailloux, en côte. Finir une journée d’environ neuf-cents kilomètres par une piste de ce genre, c’est une torture tant morale que physique. La tente sera plantée en pente elle aussi, et je passerai là l’une des pires nuits de ce voyage.

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JOUR 2 : VERS LES PYRÉNÉES CENTRALES


  C‘est un manteau d’automne que portera le lendemain matin. La météo est parfaite, bien que fraiche. Je suis foutrement bien dans mes bottes. Et, faisant mine d’ignorer la douleur de ma nuque qui déjà se réveille, je m’en vengerai finalement en tirant le câble lié à ma poignée droite. Je jubile. La région entière est à moi.


« j’avalais les kilomètres comme une pute mexicaine le fait certainement des millions de verges annuelles du bon gros Bill »


  J‘avancerai à un rythme de brute sur diverses nationales et départementales. Pour tout vous dire, et de la manière la plus exacte — et donc violente — : j’avalais les kilomètres comme une pute mexicaine le fait certainement des millions de verges annuelles du bon gros Bill. De mauvais goût ? Je me rappelle encore le fou rire solitaire qui résonna alors dans mon casque quand j’eus cette pensée. Je n’en ai pas honte. Il est bon de savoir amuser son propre esprit. C’est sur cette note que se prolongera la journée.

  Il est environ midi quand j’atteins les Pyrénées et un climat tout à fait merdique. Je prends une averse d’accueil et mes boules à deux mains. Tout comme lors de ma traversée des Alpes vers la Slovénie, je ne verrais rien de ce qui m’entoure, ou presque, perdu dans les nuages et de denses bruines. J’en étais maintenant conscient et un peu déprimé. Tant pis. J’avance en maintenant l’itinéraire prévu.

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  Je m’engage alors sur les oscillations du col d’Aspin (1489 m), de celui du Tourmalet (2115 m), du col des Bordères (1156 m), puis du Soulor (1474 m), et enfin le col d’Aubisque (1709 m). L’ambiance est effroyable. Je suis gelé et ne vois rien la plupart du temps.


« Seul est réel ce trio de danseurs que forment la machine, la route et l’homme »


  C‘est le col d’Aubisque qui m’emmènera sur le royaume des égarés, si ce n’est le pays des morts où je m’égare en vivant. Perdu dans les nuages, et avec une distance de visibilité d’environ cinq mètres maximum, j’y croiserai les fantômes d’un cycliste, d’une vache qui m’apparait bien tardivement — au point qu’elle frôlera ma veste en tournant la tête — puis celui de deux chiens et enfin, d’un cheval. Tout me semble surnaturel tandis que j’erre dans la brume. Seul est réel ce trio de danseurs que forment la machine, la route et l’homme. C’est alors dans une danse tranquille des hanches, de la nuque et des épaules, que je ne navigue ni ne conduis, mais devine ma route.

  Me voilà alors sur la route qui me mène au col du Pourtalet (1794m), et j’y vois enfin quelque chose. Et Dieu que c’est beau… Mystique même. Les couleurs et l’air me rappellent les marécages de Thy, au Danemark. Une terre pour solitaire.

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« L’ambiance se détendra davantage quand ils tomberont sur ma bouteille de whisky, que je désignerai comme ma « Gazolina » personnelle. »


  Enfin, j’atteins le col et la Guardia Civil (police) qui contrôle la frontière. Ceux-ci me font signe de me mettre sur le côté. Ils me demandent d’ouvrir tous mes sacs, ce qui me fait potentiellement chier, mais je le prends avec le sourire, et eux aussi, manifestement.

  L‘un d’eux parle plutôt bien anglais et nous nous mettons à rire de ma situation. Comme je le lui dit en riant, j’ai fui la Belgique pour retrouver un climat pire encore. L’ambiance se détendra davantage quand ils tomberont sur ma bouteille de whisky, que je désignerai comme ma « Gazolina » personnelle.

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  Enfin, ils noteront que les sangles de mes bagages cachent ma plaque d’immatriculation, et je leur répondrais franchement qu’il faut bien se protéger de tous ces radars français. « Mais pas ici, en Espagne, hein », me dit-il. Non, bien sûr que non, répondrai-je avec un grand sourire. Ils s’en foutent, la journée de boulot se termine. Ils me disent alors de filer avec une tape dans le dos, et aussi que je trouverai le soleil et un ciel bleu à quelques mètres d’ici, ce que je prends pour une boutade.

Mais putain ils ne plaisantaient pas. Et quel ciel ! J’y suis enfin.

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Voilà qui clôt cette première partie. C’est ici que le véritable bon temps commence. Soyez au rendez-vous pour la suite. N’hésitez pas à vous abonner pour rester au jus. C’est du lourd qui arrive, croyez-moi. Bisous.

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La Rouille Au Ventre

Ces textes sont bruts, incomplets, et font l’étude de quelque chose de plus sérieux.

Images et textes, tout droits réservés.

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18 réflexions sur “TOUR D’ESPAGNE : 1. DE LA BELGIQUE À L’ESPAGNE

  1. Une fois de plus tu vas nous filer l’envie d’enfourcher nos montures pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et les gens moins c…
    Merci à toi de nous faire partager tes voyages et surtout de nous dire : »si, c’est possible, suffit de le vouloir… »
    Bonne route et vivement la suite!

    Aimé par 1 personne

  2. Très sympa ce beau voyage. J’attends la suite aussi avec impatience.
    Si tu ne l’as déjà lu, je te conseille le « Ttraité du Zen et de l’entretien des motocyclettes » qui colle parfaitement à ce voyage.

    Aimé par 1 personne

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