TOUR D’ESPAGNE : 2. L’ARAGON


TOUR D’ESPAGNE : L’ARAGON DU NORD, LE PARC DE GUARA


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Seulement quelques mètres après avoir franchi la frontière espagnole, je tombe d’ores et déjà sur l’un des plus beaux et enthousiastes paysages que j’aurai vu jusqu’à ce jour. Je hurle violemment dans mon casque. C’est une première victoire. Atteindre un objectif que l’on s’est fixé, c’est déjà s’ouvrir à d’excellents sentiments.


J2 : ENTRÉE EN ESPAGNE


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  Je vogue maintenant sur une route qui traverse un monde aux terres faites d’un jaune et d’un orange encore doux, mais si intenses qu’ils sont proches de la saturation. Le ciel, lui, est un hommage à la beauté du bleu, et saute tout autant aux yeux. Autour, les nuages se déplacent nonchalamment et apportent des fraicheurs passagères, car oui, j’ai déjà chaud. N’y a-t-il que des extrêmes ? Je retire mon pantalon de pluie, ma doublure, et les fixe à l’arrière entre les tendeurs de mes bagages.

  Cependant, j’ai environ 1500 kilomètres dans les dents en deux jours, sans compter la fatigue que m’a coûté la traversée des humides cols des Pyrénées que je viens de quitter. À la base, j’aurai dû dormir avant la frontière, mais la météo ne m’y incitait guère. Et puis, planter une tente en altitude est toujours une mauvaise idée, à moins d’être équipé pour. De plus, les pouces vers le haut de quelques motards pyrénéens m’auront donné un peu de courage supplémentaire pour continuer. Merci les gars.

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La route du Paradis ?

  Ce fut un excellent choix ; les photos le disent mieux que moi. Je suis alors mon itinéraire du lendemain, croise l’impérial Formigal, quelques radars, d’étranges limitations de vitesse constamment changeantes, puis atteins le Parc Naturel Ordesa y Monte Perdido pour y dormir. Le soleil est encore assez haut, et j’ai donc tout de même le temps de prendre mon pied sur les routes de montagnes qui m’y mènent.

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Formigal

J2 : ORDESA Y MONTE PERDIDO


« je n’arrive pas à me retirer de la tête ce claquement de ma chaîne de transmission »

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  Une fois dans le Parc en question, je découvre que seulement 500 mètres après son entrée, l’accès est barré par une barrière incontournable pour ma machine. Je reviens donc un peu en arrière et emprunte un chemin terreux et potentiellement rocailleux que j’ai aperçu plus tôt. Je franchis ensuite un assez large, mais peu profond ruisseau, puis me pose enfin. Cette machine fait tout ce que je lui demande !

  Cependant, je n’arrive pas à me retirer de la tête ce claquement de ma chaîne de transmission qui est survenu après la sortie des cols. Je savais que j’aurais dû la changer. Sur le papier, elle pouvait encore parcourir bien 10.000 bornes, mais je fais partie de ces motards romantiques qui ne pensent jamais à entretenir leur bécane. Et une chaîne mal entretenue parcourt bien moins de distance que sur le papier… J’avais pris le risque de ne pas faire changer le kit de transmission entier pour des raisons financières ; un petit jeu qui me vaudra bien des arrêts, du cambouis et compagnie. Nous le verrons plus tard. En attendant, je la graisse, refusant encore d’admettre qu’elle ne tiendra jamais face aux milliers de kilomètres qui l’attendent.

  Au programme : Whisky, saucisson, et surtout, le son de l’écoulement de l’eau qui apaise bien des maux, à seulement quinze mètres de moi. Il me promet également, en plus de la sérénité, lavage du corps et du matériel, fraicheur, mais aussi — je le sais d’expérience — foison de vie ; moustiques et mouches sont déjà légions. Heureusement, je sais qu’une fois le soleil partit, les seconds suivront. Pour ce qui est du reste, il faudra s’attendre à quelques possibles rôdeurs nocturnes. Une fois mon équipement en place, je me déshabille presque complètement, emporte mes victuailles et vais écrire, assis et les pieds dans l’eau. Je suis foutrement bien ici, tandis que le voile du jour disparaît lentement de la tête des montagnes qui me cernent, chassant à coups d’ombre ces satanées mouches. Pour ce qui est de la nuit, je subirais pendant bien une heure un hurlement étrange qui résonne dans la vallée, qui m’est destiné, mais qui s’éloigne peu à peu.


J3 : LES ALENTOURS D’ORDESA


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  Le lendemain matin, je décampe à la lumière naissante : ici, environ huit heures. Je parcours un peu de national au milieu d’un espace souvent plat et cuit, mais beau. D’autres fois, c’est vert, haut et accueillant. Foutrement charmant. Partout mes yeux s’excitent devant tant de diversités. J’esquive un renard pensif, de justesse.

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J3 : PARC NATUREL RÉGIONAL DE GUARA


« Cette saloperie commencera dès ici un long, très long harcèlement moral. »

   J‘atteins ensuite le Parc Naturel de Guara, par le nord, où je vais rouler un bon moment. Un peu moins de deux jours y sont prévus, avec moult détours tortueux, sorties et entrées. J’emprunte alors l’A1604, qui est un sacré bonheur de solitude, de paysage et de virolos, bien que la route soit inégale et parfois assez moyenne. J’évite à nouveau un renard. Je prends un panard fou ! Cependant, ma chaine maintenant bien chaude, son claquement/frottement revient à nouveau. Cette saloperie commencera dès ici un long, très long harcèlement moral.

  De cette route qui se prolonge sur environ 40 kilomètres selon moi, les seuls humains que je croiserai seront deux motards à dos de GS1200 neufs. À part cela, rien de neuf sous le soleil ; en omettant cette rencontre : nez à nez avec une vache qui ne veut pas bouger du milieu de la route. C’est assez flippant de devoir frôler un bestiau pareil en bécane, au milieu de nulle part.

 *Attention, l’usage abusif de panoramas monstrueux est dangereux pour la santé de vos rétines*

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J3 : RIO ESERA


  Pour mon déjeuner, je trouve une rivière absolument magnifique aux abords d’un village. Voyez-vous même. L’eau est d’un bleu à peine croyable, et quelques arbres me procurent une ombre salvatrice. À ce titre, depuis environ dix heures du mat’, je roule en T-shirt. Au début, ma conscience me disait que cela était dangereux sur de telles routes, mais peu après, elle était trop occupée à réprimer une envie de rouler l’asticot à l’air.

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  Tandis que je songe à tout cela, mangeant ma salade infecte, un troupeau et son nuage de poussière débarquent à environ deux-cents mètres. Ils approchent dangereusement de moi. Heureusement, une femme et son chien qui passent par là — femme qui pourra à cette occasion observer à quoi ressemble un petit Belge en caleçon qui se trempe dans la rivière — inciteront les quelques rebelles des pâturages à retourner avec leur groupe.

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J3 : SANCTUAIRE DE TORRECIUDAD & SES ALENTOURS


  Plus tard, et de nouveau dans Guara, je serai vraiment crevé. Je n’arriverai plus à avancer. La chaleur des treize heures est, ma foi, violente en plein soleil. Ma main droite est déjà rouge vif. De plus, par ici, les routes ont beau être folles, elles sont tout aussi éprouvantes. Mais surtout, en ce qui concerne ma chaîne, cela devient chaotique, et je suis également conscient qu’elle me pourrit le voyage ; qu’un graissage toutes les 300 bornes ne suffira pas. Je pense trop à elle, et n’arrive plus à jouir de ce qui m’entoure. Il faut que j’affronte ce problème au plus vite. J’abandonne alors quelques détours et me met à la recherche du logement le moins cher possible, assez tôt, afin d’avoir bien le temps de me pencher sur cette histoire et de choisir une solution.

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  Vers 17 heures, je trouve une espèce d’auberge tout à fait pittoresque, isolée, et de peu de moyens publicitaires : ce qui m’indique un prix certainement bas. Il me propose une chambre avec douche, un repas complet, et un petit déjeuner pour seulement 35 euros… C’est toute la fatigue de ces trois jours qui me retombent dessus. Je ne peux refuser une telle offre. De là, j’ai droit à un Ballantine’s, ainsi qu’un coca pour 3,50 euros. À ce prix, je compte bien en boire plusieurs… Mais buvons déjà le premier en s’occupant de la bécane.

  Installé dans le sable et la poussière, je défais mes bagages, me sers de mon pantalon de pluie comme tapis, et me penche sur le problème. Je ne vais pas vous mentir : comme je vous l’ai dit plus haut, je fais partie de ces motards « romantiques » que décrit si bien Robert M.Pirsig (traité du zen et de l’entretien d’une motocyclette) ; autrement dit, je suis une grosse merde en mécanique et pense rarement à m’occuper de celle-ci. Je sors le manuel et, étant doué d’un cerveau à peu près potable, comprend le principe. Et, même si la goupille me donne du fil à retordre si je veux pouvoir la réutiliser, j’arrive à retendre la chaîne. Je remarque également que l’une des têtes de vis vitale au réglage est proche d’être inutilisable. J’y vais donc avec précaution et finis le travail. Vous noterez via la photo que le verre est vide avant même que je ne commence le boulot.

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  Sur place, c’est le pied. Je suis servi comme un roi et bientôt accompagné de Français originaires de Pau. Ceux-ci viennent régulièrement ici, et je le comprends bien, le cadre est simple, mais authentique. Une vieille ferme tout à fait charmante. J’y rencontrerai d’autres personnes sympas et attachantes, mais ne m’étalerai pas là-dessus ici. Il y a déjà trop de texte, et tout cela doit me servir à finir un livre que j’ai commencé il y a déjà trop longtemps. Bref, je passe une excellente nuit et une superbe soirée, royale même, remplit de diverses anecdotes. Je retirerai également une putain de tique profondément enfoncée dans mon avant-bras.


J4 : PARC DE GUARA, SUD & OUEST


  Le lendemain, après un petit-déjeuner au top, je décolle aux environs de dix heures, ce qui est un abus. Il ne faudra pas plus de 500 mètres pour que j’accepte que le problème de ma chaîne soit loin d’être réglé. Stop. Retrait de tous les bagages. Réglage. Remise en place des bagages. Décollage. Je refais cela bien quatre fois, mais rien à y faire : peu importe le réglage, la chaîne est foutue. Je recommence l’opération plus minutieusement, plus scientifiquement dirais-je.

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  Pendant ce temps, beaucoup de cyclistes, automobilistes et motards locaux s’arrêteront pour me demander si j’ai besoin d’aide. Les gens ici sont vraiment au top ! Cependant, pour la question de ma chaine, j’ai des points mous et d’autres durs bien trop importants : elle est réellement H.S. Je demande l’adresse du garage le plus proche à un mec puis jette mes plans à l’eau pour y foncer. Cela me fait rudement chier, mais il est hors de question que je pète une chaîne au milieu du désert des Bardenas où je suis censé passer l’après-midi et la journée suivante.

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J4 : UNE NUIT CHEZ LE LOCAL


  Encore une fois, j’abrège cette partie qui pourtant vaut le détour, au nom du livre que je rédige laborieusement. Mais pour résumer : le garage ne pourra avoir ma chaîne que le lendemain, dix heures, et, n’ayant pas d’autres alternatives, j’accepte et retourne dans le Parc de Guara, mais côté ouest cette fois-ci. Dans un village en montagne, je demanderai à planter ma tente dans un jardin, mais serais finalement invité à manger puis à dormir. J’apprends ensuite que les vacances des propriétaires sont finies et qu’ils me laissent donc totalement cette petite maison de pierres pour la nuit, qui est une minuscule et simple maisonnette de vacances. Je dois simplement couper l’électricité en partant et fermer la porte qui n’a pas de verrou…

  Ce sera l’une des plus belles rencontre de ma vie. Je me rendrais ensuite compte qu’il y a de l’herbe absolument partout, et pas le genre dont on marche par-dessus. R. est un vieux coquin… Nuit psychédélique. Passons. Je laisserai en remerciement un portrait dessiné de lui, ainsi que mon adresse et ces mots :

« Muchísimas gracias. Voltaire dijo : todos los tamaños de este mundo no son dignos de un buen amigo.  »

« Merci. Voltaire a dit : toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon ami. »

  Le lendemain est un peu difficile, tant je quitterai ces lieux déjà plein de nostalgie. De là, j’irais remplacer l’objet de mes soucis comme prévu. Non le kit de transmission entier, mais uniquement la chaîne ; je suis déjà hors-budget, seul compte pour le moment le fait d’avoir une machine qui arrivera au bout de ce petit périple. Ce qui se passera après le voyage, pour le moment, je m’en cogne.

Ce midi, au programme : Las Bardenas Reales. Un désert qui me fait rêver depuis quatre ans.

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17 réflexions sur “TOUR D’ESPAGNE : 2. L’ARAGON

    1. Merci ! Mais non, ces voyages sont simples en soi. Et pour ce qui est de mes rêves, ils sont loin ! Très loin ! Vers l’Asie ^^. Un jour, je l’espère, et alors, là, seulement, je pourrais dire avoir atteins mes rêves 🙂 Merci de ta fidélité Hibou !

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