TOUR D’ESPAGNE : 4. PAYS-BASQUE & CANTABRIA


TOUR D’ESPAGNE : 4. PAYS-BASQUE


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CENTRE : PARC NATUREL DE ARALAR


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  Je prends donc la direction du Pays basque. J’entre dans le Pays Basque sans même m’en rendre compte. C’est par le Parc Naturel de Aralar que j’arrive, un endroit où les virages sont jouissifs et nombreux, tandis que les lances sylvestres surchargent des terres aux courbes sensuelles.

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  Cependant, l’abondance d’arbres — ce qui est une bonne chose — ne me permet pas de prendre tant de photos. L’air est frais, bon, et personne ne semble le partager avec moi. Il n’est que huit heures, mais mes sens sont déjà tous éveillés. Je sors du parc et grimpe sur les hauteurs d’une vallée splendide

  Ne croisant pas de panneaux de bienvenue, je devinerai être au Pays Basque en remarquant la forte présence des X dans les noms de ville, sur les panneaux

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  Je sais approcher d’une grande ville une fois que je suis mis en danger deux ou trois fois par des #!@?!!¤ qui roulent en téléphonant ; le genre d’homme qui prête plus d’intérêt au matériel qu’à la vie tout autour. Je passe cette épreuve urbaine aussi rapidement que possible puis me déleste de cette colère sur le dos d’un Tartare en béton qui bloque l’accès à une eau enchanteresse. « Viens en moi », me susurre-t-elle.

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CENTRE-NORD


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😀

  Je remarque aussi que depuis un certain temps, il faut attendre que l’on vous serve à la pompe à essence. Et dans certains endroits, cela semblera mal vu de se servir soi-même. Je prends beaucoup de plaisir dans cette partie du Pays, néanmoins, plus je m’approche de l’océan et plus le trafic se fait dense. Cela commence à m’inquiéter. En réalité, ce que j’ignore à ce moment, c’est que d’ici une semaine environ les fêtes basques vont enflammer tout le pays, d’où la présence d’autant de touristes.

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  À midi, tandis que je mange une salade chaude, comme à mon habitude, mais torse poil cette fois, un timbré déboule de nulle part sur son trial, saute sur quelques rochers et passe à deux millimètres de mon appareil photo  en retombant. Bah ouais, mon pote, la montagne n’attire pas vraiment que des mobylettes.


CÔTE-OUEST


« Je suis en ce jour ce que Kerouac appelait un clochard céleste. »

  Je tiens à préciser que le venin qui vient ne concerne en aucun cas les Basques ni le Pays en soi : c’est à son tourisme et ses riches qu’il s’adresse. D’ailleurs, la rencontre avec une véritable Basque, plusieurs jours après, me confirmera que les pauvres pourritures humaines que j’ai aperçues là-bas n’ont rien à voir avec les habitants du Pays.

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« Si hier je n’étais qu’un filet de poussière à travers le désert des Bardenas, ici, je ne suis que la fiente de trop sur des palmiers en plastique astiqués nuits et jours. »

  C‘est quand je m’approche véritablement de la côte que je commence à ne plus prendre de plaisir. La circulation est mauvaise, les limitations plutôt ridicules, et surtout, j’ai l’impression d’être à Beverly Hills, même si les photos ne l’attestent pas vraiment. Et alors, d’un coup, l’ambiance va rudement changer, des méandres de mon esprit jusqu’à la sècheresse symbolique et expressive de mes lèvres qui se tirent en un sourire, mais comme à l’envers.

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  Je suis en ce jour ce que Kerouac appelait un clochard céleste. Je pue les grands espaces et suis revêtu de la crasse de l’aventure. Malheureusement, tout autour de moi il n’y a que voitures de luxe, prostitués inavouées, et surtout, le mépris des regards pour un homme qui sait allumer un feu. Ces gens-là n’aiment pas l’aventure, elle respire trop la vie simple, contraste bien trop saisissant avec leur mode de vie gras et paré de dorures sujettes à la périclite. Ils ne veulent que montrer leur petit tas d’or ; un or dont j’empêche les scintillements de se propager, arrêtés qu’ils sont par l’escarbille qui m’habille. Voilà le sentiment dans lequel je brasse ici-bas.

« Le problème de ces beautés-là, c’est qu’elles ne passent pas suffisamment inaperçues. »

  En effet, si hier je n’étais qu’un filet de poussière à travers le désert des Bardenas, j’avais au moins le mérite de quelques saluts et aussi d’un peu de respect, voire même d’un certain amusement de la part des rares badauds. Ici, je ne suis que la fiente de trop sur des palmiers en plastique astiqués nuits et jours. Dans le désert, j’appris alors que moins une zone est peuplée, et plus elle est humaine. Ici, je confirme mon idée que plus elle est riche, plus elle est laide.

  Vient la plage, peuplée de rares gosses qui s’amusent, de rares personnes qui s’oublient dans la violence de l’océan, mais surtout, de phoques si heureux d’être échoués qu’ils en ont oublié les vieux jours de la nage. Les gens se toastent tantôt d’un côté, puis, enfin, d’un autre. Activité qui comble les vides de l’âme, semble-t-il, et ils s’en donnent à cœur joie. Vain cycle de bêtise face au temps qui passe, encore et encore, tandis que la vie s’échappe de leurs pores puants. Les voilà qu’ils tentent de la retenir à coup de graisse suppurante. L’exposition au soleil génère de l’endorphine, et à forte dose, un sentiment de bien-être. Voilà à quoi ils jouent inconsciemment, tous ces tricheurs qui tuent le temps. Mais « tuer le temps, c’est blesser l’éternité », disait Thoreau. Et Thoreau est bon Dieusement grand.

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  J‘aperçois au loin ce miroir taillé dans le saphir qu’ils nomment Océan. C’est beau, grand, terrifiant : l’une des dernières Terrae incognita de ce monde… Je comptais m’entretenir avec lui, et j’attendais cela depuis un moment, mais le cadre n’est pas raisonnablement intime. Le problème de ces beautés-là, c’est qu’elles ne passent pas suffisamment inaperçues.

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  « Les voyages à moto vous font voir les choses d’une façon totalement différente. En voiture, on est enfermé. Parce qu’on y est habitué, on ne se rend plus compte qu’à travers les vitres on ne voit pas mieux le paysage qu’à la télé. On n’est plus que le témoin passif d’un spectacle ennuyeux, figé. En moto, plus d’écran. Un contact direct avec les choses. On fait partie du spectacle, au lieu d’être un simple spectateur. […] Tout reste accessible à la conscience immédiate. » Robert M.Pirsing, traité du zen et de l’entretien d’une motocyclette.

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  C‘est vrai Pirsing, foutrement vrai, et de ceux qui foulent le bitume en le voyant défiler à toute vitesse sous leurs pieds, aucun ne le niera. Mais en ce qui concerne cet endroit, du « contact » qu’il génère, j’aurai préféré le regarder de loin, protégé comme un lâche derrière une plaque de verre avec la puissance d’un on/off au bout de la télécommande. Et Quant à ma « conscience immédiate », elle pisse le sang. Bref.

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Répète après moi : San Juan de Gaztelugatxe.

  Me voilà ensuite à San Juan de Gaztelugatxe. Une espèce d’île charmante qui est la principale raison pour laquelle je suis venu dans le coin. Fâcheusement — et je ne peux en vouloir qu’à moi-même pour avoir pris si peu d’info —, l’accès se fait uniquement par voie piétonne et s’étend sur deux kilomètres. Je prends quelques mauvaises photos, de loin, puis me tire d’ici ; loin de la horde à flash qui m’entoure en suivant niaisement les pas de celui qui précède. Mais partout où je vais, ici ils me dévisagent. Je forme une tache sur une peinture qui a pour toile les illusions. Adieu !


CANTABRIA


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  Le vieux R. de l’Aragon, sa femme, son fils, son herbe et leur simplicité typique des hauteurs me manquent. Oui, vous l’aurez compris, je n’ai vraiment pas aimé la partie côtière du Pays-Basque. Pour tout dire, ce jour-là, la nuit n’était pas encore venue que le jour se voyait déjà bel et bien mort. Mais remarquez, la mélancolie peut bien être « une fleur surannée, échangée contre l’angoisse de la modernité », comme dit Tesson, elle inspire.

« j’ai l’impression que tout va disparaître »

  Je me mets donc en route pour la prochaine étape : Los Picos de Europa. Et je brûle de vous en parler, tout simplement, car il s’agira de la plus belle partie de ce voyage à mes yeux avec Castille-en-Léon. Au loin, j’aperçois une muraille de roche splendide, c’est le signal d’entrée en Cantabria. Grandiose. Simplement. Je quitte mon itinéraire et prends pour objectif d’aller voir ça de plus près.

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  J‘arrive par la suite dans un petit enchaînement de villages très charmants, autour d’un lac. Soudain, j’observe une mer de nuage qui semble vouloir avaler la terre entière, dévalant des montagnes à ma droite.

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  J‘avance encore, épuisé, et le vent se lève avec une rare violence, à vous faire tomber une fois à l’arrêt. Le lac immense à ma gauche semble lui aussi frémir à l’idée de ce qui se prépare. La température chute de manière impressionnante. J’accélère, malgré les nombreux villages et les paysages alentours, mais j’ai l’impression que tout va disparaître. Elle avance, doucement…

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« Le sol est si sec que même les herbes craquent, tandis que la roche, elle, salive à l’idée de briser vos os dans la nuit. »

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  Enfin, je rentre dans un état lamentable au niveau de Palancia, commune de Castille-en-Léon. Crevé. Je surprends la vie tranquille d’un homme et de ses chevaux, puis songe également à ma folie et à ce voyage. Des conneries. En somme, las de chercher un endroit dans ce coin qui est totalement dégagé de toute cachette, je me pose sur une colline jaunie infestée de mouches et située en plein sur le passage de cette force mouvante qu’est le Vent. Le sol est si sec que même les herbes craquent, tandis que la roche, elle, salive à l’idée de briser vos os dans la nuit.

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  Les mouches sont la face négative de la solitude, inquisitrices du bas moral. Qui plus est, l’armée noire d’ici à la particularité d’avoir des soldats minuscules et si avides d’humidité qu’ils pullulent devant vos yeux, à un point où la plupart finissent par venir se tuer sous vos paupières ; alors faut-il dégager les morts du champ de bataille. Foutus terroristes.

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  Heureusement, le soleil se couche sous les coups de pinceau d’un apprenti de Michel-Ange qui se chauffe le poignet, et voilà que la horde me quitte enfin. Traînées célestes de rose, d’orange et de jaune sur fond bleu m’attendent.La promesse d’un bon lendemain. Le moment est à la simple et divine Contemplation, si bien que la technologie de mon objectif ne m’est de plus aucun recours.

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  La nuit, quant à elle, sera interrompue deux fois par les reniflements puissants de ce qui devait être de belles bêtes, au niveau de ma tête et à environ 15 centimètres du sol. Cependant, vous faites un peu de bruit et elles disparaissent. La seule énigme réside dans le fait que je n’entendrais absolument pas leurs pas alors que le sol ici émet de gros craquements, à cause de sa sécheresse. Ce sera l’une de ces nuits où la lame est une bonne compagne. Au matin, tandis que je me vidange, j’aperçois un renard, encore. Il est jeune, a les oreilles longues et le regard plein de malice. Lui aussi est excité à l’idée du potentiel de cette journée ensoleillée, tandis qu’il se promène nonchalamment dans ma direction. Je l’ai vu le premier et ne bouge plus, comme paralysé devant une beauté simple des choses, tout en tenant mon p’tit tuyau. Il me voit enfin et bondit dans les hautes herbes. De quoi a-t-il eu peur ? Je le sais et vous aussi. Question de proportion.

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Peu importe ce que j’ai ressenti au Pays-Basque, maintenant, à moi les Picos de Europa. Et Dieu sait que tout cela effacera rapidement la laideur humaine de la journée précédente, à compter que Dieu sache quelque chose.


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