TOUR D’ESPAGNE : 7. PORTUGAL

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JOUR 8

GALICE : EXTRÊME SUD-EST


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  Je quitte les alentours de Ponteferrada où j’avais campé presque à la vue de tous, en bon citoyen du monde, fatigué de sans cesse devoir me cacher pour dormir sur une terre qui est celle de chacun. Je pris alors la direction du sud, vers le Portugal, afin d’entrer par le Parc Naturel de Montesinho, qui se situe au nord-est de ce nouveau pays qui s’ouvre à moi.

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  Plus j’avance et plus les montagnes se font vieilles et donc douces, laissant ainsi place à d’amples vallées où la terre semble cuite et où les oliviers sont légions.

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  La nuit fut assez désagréable. Je n’ai pas pris de matelas avec moi, par souci d’espace, mais mon état physique s’amenuise de nuit en nuit. Ce soir, quoiqu’il arrive, je dormirai sur un matelas. C’est décidé. La route que j’emprunte pour rejoindre le Portugal n’est certainement pas la plus utilisée. Il ne s’agit que de petites routes et de quelques cols culminants en général vers les 1000 mètres. Cela dit, les virages sont excellents. Et, même si ma nuque est dans un état véritablement lamentable à ce jour, que certains mouvements de tête provoquent des douleurs et des sons à vomir, je prends du plaisir.

  Je passe par un petit village isolé, avec ses masures dévastées par le temps, mais pleines d’un charme rustique.


PORTUGAL


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  C‘est ensuite en passant un col que je partage avec quelques cyclistes que j’entre enfin dans le Portugal. Pour le moment, cela est joli, mais n’a rien de particulier. Néanmoins, il est important de préciser qu’avec tous ces lieux magiques que j’ai vu la vieille, je ne suis plus très objectif à ce niveau. Aujourd’hui, dans le froid de ma région, je rêverais d’y être à nouveau. D’ailleurs, ce jour-là, je suis terrifié à l’idée de ce que je vais ressentir en retrouvant la platitude de ma région.

  Juste avant d’entrer dans ce nouveau pays, pour information, j’ai fait un plein et ai acheté un paquet de clopes pour onze euros…

  Le Parc Naturel de Montesinho est sans plus et n’a pas vraiment de particularité. Vers les onze heures, j’atteindrais une petite rivière et y mangerais. Un groupe de mecs en vieilles mobs, masqués de manières amusantes, me feront joyeusement signe et m’exalteront en remarquant ma plaque belge. Ce genre d’immatriculation ne doit pas être fréquent par ici. Elle fera beaucoup d’effet dans les jours qui suivent.

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  Les virages s’enchaînent encore et toujours, tandis que je quitte ce parc puis me dirige maintenant vers le Parc Naturel Régional Do Douro. Pour être honnête, cette journée de onze heures de conduite comportera bien neuf heures de virages.

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  Je suis vraiment dans un sale état physique, presque au point de ne plus être conscient de ma chance. Ce voyage est exceptionnel, et chaque fois que mon moral baisse, je me rattache heureusement à cette idée pour retrouver le plaisir. Ceci dit, la fatigue physique est vraiment le principal défaut du voyage à moto, peu importe la moto que l’on puisse avoir.

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  Je vais désormais lentement, conscient qu’il s’agit maintenant d’une épreuve d’endurance plus qu’autre chose ; qu’il est vital de rentrer heureux plutôt qu’à l’heure.


VALLÉE DO DOURO


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  Une fois sorti du Parc de Montesinho, je passerai dans beaucoup de villages qui sont déjà vides de présence humaine à cette heure-là. Toutefois, la Fatima est présente sous forme de statue, environ tous les cent mètres dans chacun des villages, sous verre et entourées de fleurs. Les Portugais sont très croyants.

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  J‘avais pris du retard avec mon problème de chaîne dans le nord de l’Aragon. Du coup, je dus couper mon itinéraire au Portugal. À la base, je devais rejoindre Lisbonne, tout au sud du pays, et plus particulièrement la Tour de Belém, en hommage au chef d’œuvre de Voltaire : Candide. Malheureusement, en réalité, je devrais me contenter de la partie est du pays. Et en ce qui la concerne, je me rendrais vite compte qu’il ne s’agit pas là des meilleurs coins du Portugal. Je suis plein de regret au sujet de ce pays et du peu que j’y ai fait, mais tant pis, je reviendrai une autre fois. En famille ?

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  J‘arrive dans la vallée Do Douro, qui est absolument sublime. Celle-ci est traversée par le fleuve du même nom. Ce fleuve prend sa source en Espagne à plus de 2170 mètres, dans la sierra de Urbion, en cordillère ibérique. Il serpente ensuite pendant 612km, puis marque la frontière Espagne/Portugal sur 122km, avant de continuer sa route à travers des parois granitiques, sur environ 200 km, pour rejoindre l’océan atlantique, à Porto. Bref, ce serpent est un titan.

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  La Vallée Do Douro est bordée de vignobles très réputés, que je longe encore et encore, tandis qu’ils sont visibles à perte de vue.

  Vers 13 heures, je croise un motard anglais assez âgé tandis que je rentre dans une station essence — les stations essences représentent beaucoup dans ces régions chaudes, car elles sont les seuls endroits ouverts toute la journée. J’avais dans l’espoir de boire un truc frais, et lui aussi. Cependant, nous ne nous dirons mots. Je remarque à son visage que lui aussi est abattu par le climat. Je le laisse tranquille. Toutefois, je ressens beaucoup de respect envers lui quand je le vois enfiler un équipement complet avant de repartir. Comment fait-il ?…

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  J‘étudie un groupe de jeune portugais et essaye d’analyser leur langue. Celle-ci est incompréhensible. Une fois repartit, un couple en voiture me suivra pendant bien 10 minutes, sur la voie à ma gauche, en me prenant en photo et en m’encourageant. La plaque belge, vous dis-je…

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  Dans la vallée, la chaleur devient infernale. J’ai l’impression d’être assis sur le capot d’un camion qui serait en surchauffe après une côte. Ce sont ici des rafales chaudes qui m’attaquent, et plus je roule vite, plus elles me brûlent la peau et les yeux.

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  Et, tandis que j’écris ces mots sous l’ombre maigre d’un olivier, dont le tronc qui se séparent en trois larges branches est tel un siège ou encore le buste et les cuisses d’une femme accueillante, les vents chauds me pourchassent encore, me faisant suer terriblement et épuisant toute force en moi. C’est alors un cauchemar qui commence ; un enfer qui durera plusieurs jours et qui occupera presque toute mon attention et mes craintes. En effet, j’avance maintenant très lentement, et je m’arrête presque à chaque station pour boire ou simplement squatter la clim. Je perds énormément de temps. Je vais encore devoir couper dans mon trajet… Je n’avais pas prévu cette chaleur. Il fait bien 44 degrés.

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  Ayant beaucoup de retard, et comprenant que plus rien de particulier ne m’attend dans ce coin du Portugal, je prends la direction de l’Espagne, toujours avec beaucoup d’amertume concernant ce pays et ses richesses qui me resteront encore inconnues. Il commence à se faire tard et il n’y a pas une seule auberge dans le coin. Toutefois, il est absolument hors de question que je dorme en tente ce soir. J’ai vraiment besoin de réparer mon dos, d’un réconfort physique.


RETOUR EN ESPAGNE


Attention, à partir de ce moment, il fait nuit et je ne prends plus de photographies. Les photos concernent toujours la vallée Do Douro, mais dans le texte, j’en suis déjà parti depuis longtemps.

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  Je roule encore et encore. Ces moments-là sont les plus difficiles. Le corps et la machine veulent s’arrêter, mais il faut pourtant continuer. Je croise bien quelques hôtels, mais ils sont de ceux qui vous font disparaître une moto en une nuit. Le coin craint clairement.

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  Affamé, j’atteins une ville dégueulasse dont le nom m’est inconnu. Celle-ci se résume à une avenue répulsive et bondée par la circulation, bordée par des habitations et divers fastfoods. Il y a beaucoup de monde. Je fais un retrait puis me dirige vers une pizzéria.

  Je ne ressemble à rien à part un clochard en moto. Les gens me dévisagent et reculeraient presque leurs enfants à ma vue. Tandis que je mange une pizza délicieuse, je remarque facilement le dégout dans le regard de mon entourage. Cela dit, ayant manifestement encore un peu d’argent, je mérite encore le droit à leurs côtés ainsi qu’à leur silence. Tant que j’ai de l’argent, je fais encore partie de ce monde.

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  La nuit tombe et le ciel se couvre dangereusement, m’invitant à filer d’ici. Et alors, suivant la maigre lumière de mon phare, j’avance doucement et presque à l’aveugle. Il est environ 21 heures, et si le reste de la journée les routes sont plutôt vides, à l’heure du repas la route est en véritable effervescence. À partir d’ici, les Espagnols vivent un peu comme les Portugais : ils se cachent autant possible de la chaleur l’après-midi, puis déboulent en énorme troupeau pour aller manger ensemble dans divers endroits. Se rassembler pour dîner semble ici de tradition. Une fois passé les 22 heures, c’est le rush de retour, après, plus rien.

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  Malgré la nuit, des rafales chaudes surviennent encore. C’est à n’y rien comprendre. Je ressens un grand besoin d’un quelconque plaisir — l’homme et les plaisirs… Abandonnant toute raison, je me résigne à simplement avancer et songe même à faire une nuit blanche de conduite, ce qui est totalement stupide. Toutes les auberges que je croise sont fermées. Je cale un 60, seul dans les ténèbres de cette route qui m’est presque invisible, puis fume ma clope en roulant après le tunnel de mon phare. Je suis à vide.

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  Mon corps m’abandonne presque, ma machine n’en peut plus, mais je me maintiens par l’esprit, car il doit rester maître — et bon Dieu de merde que les esclaves obéissent ! Je finis par trouver un hôtel à Cãnaveral, une sorte de village où seuls quelques vieux discutent encore à la lumière jaune d’une ampoule, rattrapant ainsi tout le temps de l’après-midi qu’ils ont perdu à se terrer dans l’ombre.

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  Vingt euros la nuit me dit la vieille femme qui veille au grain. Douche. Clim. Dodo. Le matelas est sans doute l’une des plus belles inventions de l’homme.

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  Le lendemain matin, c’est son mari qui s’occupe de moi. Un vieil homme au ventre rond, de taille petite et orné d’un chapeau de paille. Il me bloque la route, me suspectant de vouloir le voler. Celui-ci me demande 30 euros pour la nuit. Je rigole et lui fait non de la tête. Il me dit 25, je l’écarte pour aller poser mon sac sur ma bécane. Je me retourne et lui donne alors 20 euros qu’il accepte. Il me demande ensuite 5 euros pour la bouteille d’eau que j’ai prise la veille. Je ris encore et lui dit non. Il m’en demande alors deux euros. Je lui donne 1 euro 50 et il sourit. Les vieux sont les plus filous de tous les marchands.

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  Je prends alors deux cafés et vais vers l’Andalousie, avec une certaine terreur au sujet de la température qui, je le sais, ne peut logiquement qu’empirer.


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