TOUR D’ESPAGNE : .9 LA SIERRA NEVADA

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JOUR 10

SIERRA NEVADA


  J‘arrive aux alentours de Grenade vers 12 heures, fais un plein puis squatte les toilettes et la climatisation d’une station. J’en profite également pour acheter des clopes au pompiste qui accepte alors que je n’ai pas de monnaie, puisqu’elles se vendent toutes par des machines, en Espagne.

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  Je regrette un peu de ne pas avoir visité Grenade, mais de une, je n’ai pas le temps, et de deux, c’est clairement pas la meilleure heure pour le faire. J’ai déjà tenté de parcourir Séville à une heure semblable où le soleil vous fond le crâne pendant que vous glandez aux feux rouges. Je ne souhaite pas revivre cela. Certes, Grenade à l’air superbe, mais il serait peut-être plus intéressant d’y aller en avion, et pourquoi pas, de faire quelques randonnées dans la Sierra Nevada. Et puis, il faut être honnête, quand toute votre richesse tiens sur votre moto, même si minuscule, c’est tout ce que vous avez et aller visiter une ville entend de devoir tout laisser à la merci de chacun. Hors de question, je compte rentrer chez moi un jour.

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  Je prends donc la direction de la Sierra Nevada qui est à quelques minutes de Grenade. À partir d’ici, je n’ai pas d’itinéraire, je compte sur cette option vraiment géniale de TomTom, qui consiste à vous faire passer par les plus hautes altitudes, ainsi que par tous les plus gros virolos du coin.


« …je mange tout de même immédiatement, de peur que mes vivres ne surchauffent par la suite.« 


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  Le temps commence à bien taper et je suis donc pressé d’atteindre les hauteurs. À ce sujet, il faut savoir que la Sierra Nevada culmine à 3480 mètres au Pic Mulhacén, que je compte bien gravir un jour, faisant donc de ce massif le plus élevé de toute l’Europe occidentale après les Alpes, mais aussi le plus élevé de la péninsule Ibérique. Pour ne pas vous faire un dessin, il est connu que sur ses plus hauts sommets, lors de jours clairs, l’on peut apercevoir la côte africaine… Les neiges sont éternelles et il s’y élève plus de 20 sommets à plus de 3000 mètres.

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  Arrivant, bras nu oblige, à environ 1800 mètres d’altitude, je commence enfin à jouir d’une température sympathique, mais je mange tout de même immédiatement, de peur que mes vivres ne surchauffent par la suite. Je suis entré dans la Sierra Nevada par le nord, et de là où je suis, je peux déjà observer le superbe « Embalse de Canales. » Les herbes, jusqu’ici jaune brûlé, s’orientent peu à peu vers le vert, profitant du repos de l’altitude, tout comme moi. À première vue, il n’y a pas vraiment de pic, mais plutôt des « dos d’ânes » et des « dômes ». Quoi qu’il en soit, c’est beau et je crève d’envie d’aller me perdre à pied dans ce refuge sans route ni repères. Un jour peut-être.

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« Il y a de l’orgueil sur les hauteurs d’une montagne.« 


  Il n’y a presque personne et j’en profite pour rouler comme un sauvage. Les routes sont top et la hauteur que je prends, avec un ciel si clair, me permet de jouir encore une fois d’une distance de vision exceptionnelle. Désolé pour vous, mais je suis tellement occupé à prendre mon pied que j’en oublie de prendre mon appareil photo en main.

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  Je vais maintenant au fil du vent, atteignant quelque 2000 mètres d’altitude. La température est de plus en plus bonne.

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  À certains endroits, j’aurai presque l’impression de pouvoir voir le globe plonger dans le vide spatial. Ceux qui pensaient la terre plate ne se sont jamais tenu si haut. Tout s’étend à perte de vue. Tant de vies à mes pieds, tant d’histoires, de soucis, d’activités en cours… Mais je surplombe tout cela. Il y a de l’orgueil sur les hauteurs d’une montagne.


« J’apprends aujourd’hui qu’il s’agit du plus haut col routier d’Europe qui culmine à 3398 mètres d’altitude. Bah voilà, je l’ai fait.« 


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  Enfin, avant un virage, je croirai presque être sur la route du paradis qui brutalement s’arrêterait, car nul souci terrestre ne peut y accéder. Mais il y a bien quelques paradis terrestres, justement, pour nous réconforter un peu quand la dure réalité d’un ciel insaisissable vous prend d’assaut. Les résineux, toujours fidèles aux espaces les plus sauvages, érigent leurs lances vers le ciel, mais en vain eux aussi. Pas de place pour la douceur des feuillus, ces dandys de la nature qui préfèrent rester à la ville, se gaussant de la largeur de leur ombre — mais c’est tout ce qu’ils sont, ceux-là, une grande et vaste ombre sur le bitume. Même certaines herbes semblent vouloir crever le ciel. Sur une montage, tout est vanité vous dis-je.

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  Perdu sur une planète de plus en plus vierge, mis à part cette route sans doute construite par un alien fana de bécanes, je vais de-ci de-là sans objectif précis à part celui d’atteindre le point G de mon regard. Mon esprit ? Je ne le contiens plus en ce jour, bien trop d’espace à user pour se contraindre à la prison de mon crâne. Il est quelque part par là, sans doute.

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  Je laisse ma moto et m’en vais marcher un peu sur quelques unes de ces pointes. Elles aussi ne sont qu’arrogance, perçant des plaines entières au nom de l’espoir. Je croise des troupeaux entiers de brebis, perdues, elles aussi.

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  Je me dirige maintenant vers le Col de Veleta (El Pico Veleta). J’apprends aujourd’hui qu’il s’agit du plus haut col routier d’Europe qui culmine à 3398 mètres d’altitude. Bah voilà, je l’ai fait.

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  Petit rappel sur la chaleur — encore une fois, oui je sais —, ce jour-là il fait 43 degrés. Pour que vous ayez une idée, je roule donc à une telle hauteur en T-shirt, sans gants, à 90 kilomètres-heure, et je n’ai pas froid…

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« Veleta signifie « Girouette. » Hasard ?« 


  Sur cette route, donc, je croise serpents et lézards écrasés. Mais surtout, je croise quelques étranges voitures, maquillées de stickers étranges, voire cachés par des bâches. Elles ont toutes un point commun : elles roulent comme des folles. J’apprendrais plus tard que, en réalité, beaucoup de constructeurs viennent ici mettre à rude épreuve leurs moteurs avant de les commercialiser. J’en vois même une qui tire une remorque. Je peux reconnaître quelques formes de calandres Audi et Mercedes, avant de me demander ce que je peux en avoir à foutre.

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  Et moi avec mon W800… Et bien vous savez quoi ? Il n’a pas bronché ! Seule la boîte a eu quelques difficultés très légères à certains moments. Cela dit, une fois seul, la végétation se fait rare, et mon souffle aussi. Je commence à avoir la chair de poule. Cela faisait longtemps ! Le paysage, lui, est désertique à force que j’avance, tandis que le vent frappe à gauche, puis à droite, puis partout, faisant de moi une vulgaire girouette. Veleta signifie « Girouette. » Hasard ?

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  Je lutte alors sous les rafales, trop concentré à ne pas les laisser me foutre au sol pour vous prendre des photos. De plus, plus loin la route commence à être plutôt mauvaise.

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  Une fois le plus haut possible, quand la route s’arrête, je fais comme elle. J’ai froid. Et quel bonheur ! Je délaisse ma moto et grimpe un peu. Devant moi, j’ai un monde aride qui s’étend, encore et encore, vers l’infini. Je suis arrivé à la fin de ce col. Les photos que vous regardez furent prises bien avant.

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  Le silence est parfait, je suis heureux ici. Je n’existe plus. Vous n’existez plus. Plus rien n’existe, si bien que je vois mon appareil photo comme un profanateur en puissance. Seul ce nœud de sang qui bat en moi compte.

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  Alors, loin, très loin au sud, j’aperçois d’un regard égoïste un trait noir aux limites de ma vue : l’Afrique.

  Et avec moi de flotter dans l’air ces quelques mots d’Albert Einstein :

« Le refus de la vie quotidienne, et de ses contraintes grossières, et de sa monotonie désespérante ; le désir d’échapper aux servitudes de ses propres désirs. Tout esprit d’une trempe un peu acérée rêve de fuir le bruit et la foule, pour gagner le silence des hautes cimes, où l’œil parcourt librement l’immensité pure et tranquille, et discerne avec joie les contours apaisants d’un monument construit pour l’éternité. » Albert Einstein. 1879-1955.

Je prends maintenant la route vers le nord, redescend et subie une température terrible, puis, tombant sur un véritable cadeau de la nature, encore, j’y disparaît.

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Ces textes ne sont qu’une ébauche rapide de ce qui sera prochainement un roman. De plus, tout n’y est pas présent ni raconté, car il faut bien que je garde quelques petites surprises. En revanche, cela représente tout de même un travail conséquent auquel vous pouvez accéder gratuitement. En réalité, tout ce que je demande, c’est de partager, encore et encore, que le plus de monde possible puisse y accéder. Non car j’y gagne quoi que ce soit — au contraire même — mais par plaisir de partager, justement. Dank U !

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La Rouille Au Ventre

Textes et images, Alexandre HOSTE, tout droits réservés.

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17 réflexions sur “TOUR D’ESPAGNE : .9 LA SIERRA NEVADA

  1. En ce qui me concerne (et je ne pense pas être le seul) je me jette sur tes récits dès que ma boite à courrier préférée me signale que tu as publié.
    Je ne mets pas un commentaire à chaque fois car j’ai peur de me repeter… Or je n’ai pas envie de radoter, pas encore…
    J’attends ton roman, je ne dis pas avec impatience d’abord parce que ça ne colle pas avec mon temperament de ‘contemplatif » mais aussi parce que je sais qu’il y a des choses qui doivent macerer longtemps avant d’etre matures.
    En attendant, regale nous encore de tes récits et photos de voyage et de tes articles ici ou sur VDM 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup Hibou. Oui je prends le temps pour le roman, je suis un peu trop perfectionniste peut-être ! Ça me fait vraiment plaisir d’avoir droit à vôtre attention à tous. Sans cela, avec le temps que cela me prends, j’aurai arrêté je pense. Merci : )

      J'aime

  2. Merci pour ces récits, et j’espère le livre bientôt.
    Les coins dont tu parles, ainsi que l’Espagne en général représentent une partie de ma vie. Les routes que tu as pris, cette chaleur c’est du vécu pour moi, et tu retranscris bien ces sensations.
    Même si j’adore cette chaleur, écrasante, palpable, qui distord l’horizon.
    Petit bémol, la route du Pico Veleta n’est pas à proprement parler un col, puisqu’elle s’arrête au sommet. Sauf à redescendre de l’autre coté vers la mer par des paysages lunaires et une piste plutôt difficile… en passant par la capitale du jambon: Trevelez.
    Je l’ai prise il y a 20 ans et le souvenir est toujours présent dans ma mémoire.

    Merci

    Philippe

    Aimé par 1 personne

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