TOUR D’ESPAGNE 14. : RETOUR & CONCLUSION

roadbook-tour-despagne


JOUR 13-14-15

HAUT-LANGUEDOC


  Je rentre en France par la forêt de Carcanet, suivant les lacets de la route sous un climat doux, mais clair. Peu à peu, malgré le décor appréciable, la route devient vomitive ; de qualité médiocre. Elle m’achève.

roche-haut-languedoc

  Après un repas de saucisson catalan acheté là-bas, et de vulgaires chips histoire de se remplir l’estomac, je continue ma route. J’ai pour objectif le Haut-Languedoc, puis les Cévennes. En pleine ligne droite, une camionnette déboule par la gauche à toute vitesse, téléphone à la main, et ignorant absolument le stop et ma personne. Je me retrouve presque compressé entre un muret de pierre et le quatre-roues. Il ne m’a même pas vu. J’hésite à le suivre, puis à lui casser un truc, mais je me dis que les cons restent cons, quand bien même vous taperiez dessus.

  Viennent ensuite les routes départementales qui vont me mener aux forêts. Si remonter et descendre la France ne coûtait pas un vol d’environ 150 euros, j’aurais pu prendre ici du plaisir. Mais ce n’est pas le cas : routes chargées, mollusques et autres allumés de la frustration me mettent en danger, le tout en téléphonant, mettant le feu à mon brasier, car le Français est un être polyvalent et compétent. Désillusions. C’est un véritable coup de poing au ventre que de retrouver toutes ces conneries après douze jours de bonheur au sein de l’Ailleurs. Et c’est pourquoi je vais la faire courte, afin de ne pas finir cette aventure que je n’oublierai jamais sur un vomi, et surtout ne pas parler de Paris.

  Les forêts domaniales sont extrêmement portées sur les virages, et il y a maintenant peu de gens sur la route, loin qu’ils sont des endroits où l’on peut encore avoir le temps — est-ce si étonnant d’entendre parler de lenteur de la part d’un motocycliste ? C’est le pied, même si je suis en morceaux !

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  Je passerai toute la journée à parcourir des cols charmants, mais assez comiques de par leur taille, vu là d’où je viens, puis traverserais les innombrables forêts du Haut-Languedoc. Ce sera aussi pour moi l’occasion de retrouver un peu de véritable France rurale.

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  Ses masures, ses villages paisibles où les chiens courent après ce qu’ils peuvent ; ses vélos se reposant contre la pierre fraîche, sans cadenas, et où la faible population semble avoir le temps, elle aussi, à l’image des arbres tout autour. Ici encore le doux son de l’eau. Ici encore la méditation sonore du criquet, et ici encore le jour qui coule, lentement, avec simplicité, loin du tumulte des cités où se piétinent les foules indolentes et plaintives.

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  Vous remarquerez le peu de photo, mais, forêt oblige, le paysage est rarement accessible. Ainsi je me réserve les images de ces lieux qui parfois viennent se mêler ici ou là à d’autres songes. Lorsque j’ai le temps.

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  Je suis maintenant dans les Causses & Cévennes. Les espaces se dégagent. Quelques hauteurs se grimpent. Et le temps, toujours superbe.

  Vient alors le moment pesant : trouver où dormir. Ceci dit, j’ai avec moi un joker. En effet, via le CE de mon entreprise, j’ai quelques chèques vacances à échanger contre la douceur d’un matelas et le luxe de ne pas planter une tente.

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  Je passerai bien deux heures à rouler sans ne rien trouver. Puis, c’est en traversant St-Félix-de-Sorgues que je tombe sur une maison d’hôte qui semble charmante. Je descends enfin mon cul de la selle et amène mon identité suspecte et crasseuse dans les lieux. Je remarque tout de suite le soin apporté à la décoration. Simple, mais chaque couleur à sa place près de l’autre.

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Bonjour ! Vous avez encore des lits ?

Bonsoir ! Oui, bien sûr. Vous voulez boire quelque chose ?

Un whisky-coca alors, s’il vous plaît.

Ah ! Nous n’avons pas de boissons bizarres.

C’est l’histoire d’un clodo et d’un dandy… Marginale situation.

O.K. Vous avez du whisky ?

Oui !

Alors je reste.

  Je serais rejoint par un couple de Belges, et nous passerons une soirée, à ma surprise, délicieuse ; avec son lot de discussions finalement très ouvertes d’esprit. Je vous détaillerai bien la terrasse qui me plût énormément, à la façon passionnée de Goethe, dans son Voyage en Italie, mais je m’en passerai ici.

  Le temps vire à la pluie dans la nuit. Nuit douce, cotonneuse. La flotte est toujours là au réveil. Après un petit-déjeuner double, je décide de ne pas faire les Cévennes. Je ne suis pas encore prêt à me retaper du temps aussi merdique. C’est que la pluie à des allures de lances… L’Espagne me manque, elle et ses horizons sans fin.

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  Je trace donc en direct vers le Morvan, très loin au nord, esquivant les radars, et donc, les trajets les plus directs. Je commence à m’en foutre un peu de ce qu’il y a sur ma route. J’ai fait ce que je voulais faire. Si bien que je décide de ne pas faire le Morvan non plus ; ces coins-là feront partie d’une autre histoire, ils n’ont rien à faire dans celle-ci. Je retrouve une météo correcte vers Millau.

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  Je suis actuellement très mitigé dans mes pensées. À la fois, j’ai fortement envie de serrer les miens dans mes bras, et d’un autre côté, je sais que rentrer indique aussi de retrouver la stagnation du quotidien, quand cela faisait si longtemps que j’avais adopté la beauté du Mouvement. J’ai déjà quelques messages du boulot sur mon répondeur. L’ombre de la plus grande et vénérée racine du monde est déjà sur moi, et j’ai usé ma hache. Mais va pour le cœur. Va pour la Raison.

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  Ma nuque a atteint le seuil de douleur étrange où on ne la sent plus. J’engouffre les kilomètres. Je fais défiler le tapis du bitume ; la terre tourne furieusement sous mes pneus, et moi j’attends la fin de sa course folle. Vers 18 heures, je trouve un motel merdique le long de l’autoroute dans sa portion gratuite. Pour résumer, pour 47 euros, en Andalousie, j’avais une entrée, deux verres où se contenait la moitié d’une bouteille de Balantine’s, un repas, un bain, un lit, deux petits-déjeuners. Ici, j’ai une déco des années 50, jaunie à la clope, rien à bouffer, un Ice-tea hors de prix à boire et rien dans le ventre au matin pour 60 euros. La France, le plus beau pays du monde, dit l’orgueil aveugle et inexpérimenté des Français. Pour ma part, c’est l’un des doux royaumes du pèquenaud qui pète plus haut que son propre fondement. Certains coins sont charmants, certes, et après ? Mais je ne suis pas objectif, je n’ai pas 300 euros par jour à dépenser dans mon déplacement. Et même si je les avais…

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  Comprenez bien que je ne suis pas déprimé, juste encore sous le choc. Car le plus dur avec les voyages où l’individu évolue, c’est encore de devoir accepter que là d’où vous venez, rien n’ait changé. Ce voyage fut parfait, dans ses meilleurs et ses pires moments. Je ne regrette rien, pas même les endroits que je n’ai pu faire, faute de temps, ni même les soucis de ma chaîne. Tout était parfait. J’ai trouvé ce que je recherchais, et bien plus encore. Je suis repu pour quelque temps. Quoique non…

  Au soir, je rallume mon téléphone et m’offre le luxe de la musique. J’écoute un vieux morceau qui traîne sur mon appareil. December, de Key Starr. Il m’arrive parfois d’écouter la musique de cette époque. Elle a encore le son qui vibre par les micros Shure, et l’après-guerre qui tremble dans la mélancolie des voix. J’ai le cœur à l’hiver, non par une image triste et nostalgique, mais plutôt dans le sens où une page se tourne et une autre, toute blanche, attend impatiemment les coups de plumes à venir, car chaque voyage en solitaire, court ou long, est une existence qui vient ajouter ses écrits à l’œuvre globale de vôtre vie. Et quant à ma faim de vivre, elle fut si longtemps endormie qu’elle est désormais insatiable.

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  J‘apprends bien plus tard en écrivant ces lignes que la chanteuse, Key Starr, que j’écoute alors, est morte le 3 novembre 2016, soit un peu plus d’un mois après que j’ai jouis de la volupté de sa voix. Quoiqu’il en soit, ce soir là, un sourire se forme sur mon visage : demain après-midi, mon royaume dans mes bras.

Merci à toutes et tous pour votre fidélité durant ce voyage. Vivement les prochains !

Quelques souvenirs viennent remplir les songes de cette nuit-là, et de celles à venir :

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Alexandre.

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14 réflexions sur “TOUR D’ESPAGNE 14. : RETOUR & CONCLUSION

  1. Je viens de tomber sur ton article et c’était vraiment plaisant à lire. De belles expériences de vie partagée et de superbes photos ! Je suis un jeune motard et je vais commencer à préparer mon premier road trip, certes moins long mais ton blog n’a fait que rassurer mon envie de partir à l’aventure en bécane ! Je lirai les premiers articles les prochains jours, en tout cas tu as un nouvel abonné !

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